Il y a des moments dans la vie où quelque chose change. Parfois brutalement : un licenciement, un deuil, une séparation. Parfois plus insidieusement : une fatigue qui s’installe, un sens qui s’efface, une vie qui ne ressemble plus tout à fait à la sienne.
On appelle ça une transition de vie.
Mais une transition, ce n’est pas juste un changement. C’est quelque chose de plus profond, de plus déstabilisant, et de plus riche aussi, si on accepte de le traverser vraiment.
Une transition de vie, c’est quoi exactement ?
Un changement, c’est externe. On change de travail, de ville, de situation. La vie se réorganise autour de nouvelles coordonnées.
Une transition, c’est interne. C’est le processus psychologique, émotionnel et souvent corporel qui accompagne ce changement, ou qui le précède, parfois bien avant qu’il soit visible de l’extérieur.
C’est la différence entre déménager et se sentir déraciné·e. Entre changer de travail et perdre le sens de ce qu’on fait. Entre se séparer et ne plus savoir qui on est sans l’autre.
Une transition touche à l’identité. À la façon dont on se définit, dont on se perçoit, dont on se projette dans l’avenir. C’est pour ça qu’elle fait si mal, et c’est pour ça qu’elle ne se règle pas juste en « s’organisant mieux » ou en « restant positif·ve ».
Les 3 phases d’une transition de vie
Le chercheur américain William Bridges, spécialiste des transitions, a décrit ce processus en trois phases. Vingt ans d’accompagnement m’ont confirmé, encore et encore, la justesse de cette lecture.
Phase 1 – La fin
Toute transition commence par une fin. Quelque chose cesse : une relation, un rôle, une façon d’être, une certitude. Même quand ce changement est désiré, il y a une perte. Et cette perte mérite d’être reconnue.
Le corps, souvent, encaisse en premier. Tensions, insomnies, fatigue soudaine, système immunitaire fragilisé. Le corps absorbe le choc de ce qui se termine.
Phase 2 – L’entre-deux
C’est la phase la plus inconfortable, et la plus méconnue. L’ancien monde ne fonctionne plus. Le nouveau n’est pas encore construit. On flotte dans un espace indéfini, souvent vécu comme un vide ou une paralysie.
Le mental cherche des réponses. Le corps perd son élan. Les émotions remontent sans prévenir. On ne sait plus très bien qui on est, ni vers quoi on va.
Beaucoup de personnes restent bloquées ici, parfois des années, parce qu’elles ne savent pas que cet entre-deux est une phase normale. Qu’il a une durée. Il est même, paradoxalement, le terrain le plus fertile, à condition de savoir l’habiter plutôt que de le fuir.
Phase 3 — Le renouveau
Quelque chose commence à se remettre en mouvement. Une direction se dessine. Une énergie nouvelle, différente de l’ancienne, reprend vie. Ce n’est pas un retour à « comme avant ». C’est quelque chose de nouveau, construit à partir de ce qu’on a traversé.
Pourquoi ça fait si mal ?
Parce qu’une transition touche à ce qu’on croit être. À nos repères, à nos certitudes, à notre façon d’occuper notre place dans le monde.
Parce qu’on nous a appris à tenir, à avancer, à « rester positif·ve »… mais pas à traverser. Pas à accueillir ce qui se termine. Pas à habiter l’entre-deux sans le fuir.
Parce que l’entourage, souvent bien intentionné, ne sait pas toujours quoi faire de notre désorientation. Il veut qu’on « aille mieux », qu’on « passe à autre chose », qu’on « reprenne le dessus ». Alors on fait semblant. Et on s’épuise à faire semblant.
Et parce que, surtout, personne ne nous a dit que c’était normal. Que cette perte de sens, cette fatigue profonde, ce sentiment d’être étranger·ère à sa propre vie… c’est le signe qu’on est en train de se transformer.
Ce qui change quand on traverse… vraiment
Les personnes que j’accompagne en transition me disent souvent, quelques mois plus tard :
« Je ne savais plus qui j’étais. Aujourd’hui, je me retrouve. »
« J’avais peur de tout perdre. J’ai finalement trouvé ce qui comptait vraiment. »
« Je pensais que c’était une fin. C’était un commencement. »
Une transition ne s’efface pas. Elle ne disparaît pas parce qu’on l’ignore ou qu’on l’accélère. Mais traversée avec conscience, elle devient autre chose. Une source de compréhension de soi. Un tournant. Parfois, le début d’une nouvelle tranche de vie.
Si vous vous sentez concerné·e par ce que vous venez de lire, si quelque chose résonne, même confusément, peut-être est-il temps de vous accorder cet espace…
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Sophie-Anne De Rycke est thérapeute psycho-corporelle et holistique depuis plus de 20 ans, dans le Tarn et en visio. Elle accompagne les personnes en transition de vie, épuisement et quête de sens, à travers l’hypnothérapie, la thérapie multidimensionnelle, la kinésiologie, l’hypnose spirituelle et le chamanisme.
